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6 MAI 1821 : PRÉPARATION DES FUNÉRAILLES DE NAPOLÉON

6 MAI 1821 : PRÉPARATION DES FUNÉRAILLES DE NAPOLÉON

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Maggio 6, 2023    
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• Lisons, de Frédéric Masson, Napoléon à Sainte-Hélène

Tout le monde s’était retiré, hormis l’abbé Vignali, qui ne quitta plus le corps jusqu’à ce qu’il fût mis en terre, Pierron et Arnolt; les autres avaient été chercher un peu de repos. On les éveille: Hudson Lowe fait annoncer sa visite pour six heures du matin. Il arrive à sept, accompagné de son état-major au complet, de l’amiral, du général commandant les troupes, du commissaire du roi de France, de plusieurs officiers de marine, des médecins et des chirurgiens de l’Ile. Il entre dans le parloir d’où il est, avec les gens qu’il a amenés, introduit dans le salon mortuaire.

Bertrand et Montholon le saluent et l’invitent du geste à s’approcher du lit; il s’avance, ainsi que le marquis de Montchenu, auquel il dit, lui montrant l’Empereur: « Le reconnaissez-vous ? » Le commissaire de France hoche d’abord la tète, puis il dit: « Oui, je le reconnais. » Ils saluent avant de sortir. « C’était le plus grand ennemi de l’Angleterre et le mien aussi, dit Lowe à ses subordonnés Henry et Gorrequer, mais je lui pardonne tout ! » Cela montre l’homme.

Il n’a point osé pourtant, devant l’Empereur mort, évoquer Bathurst. Pour la première fois, il s’est refusé, selon ses ordres, à l’appeler le Général. […]

A deux heures, en présence de Bertrand et de Montholon, de trois officiers et de sept médecins anglais, de l’abbé et des serviteurs personnels de l’Empereur, Antommarchi procède à l’autopsie. Il y a, entre les médecins, discussion quant au foie, dont on a constaté les adhérences à l’estomac et dont le volume parait extraordinaire. Il est enflé, dit Shortt; il ne l’est point, dit Arnott; et Sir Thomas Readé, l’assistant de Lowe, intervient. D’ailleurs, il n’y a point à en douter, la cause de la mort est le squirre à l’estomac; l’existence a même été prolongée par le gonflement du foie qui a obturé la perforation.

Une fois recueillies, les observations que l’Empereur a ordonné que l’on fit sur son cadavre pour préserver son fils de la maladie dont il est mort, Bertrand et Montholon s’opposent à ce qu’Antommarchi pousse plus loin les opérations et fasse un examen du cerveau. Le coeur est détaché et placé dans un vase d’argent qui, selon le désir de l’Empereur, devrait être porté à l’impératrice Marie-Louise; l’estomac de même.

Mais le représentant d’Hudson Lowe s’oppose à la sortie du coeur, il dit que l’estomac seul sera envoyé en Angleterre. De même, déclare-t-il que son gouvernement s’oppose à tout embaumement.

Après l’autopsie, lorsque les médecins anglais allaient se retirer, Mme Bertrand leur a demandé s’il ne serait pas possible de trouver du plâtre propre à mouler la tête de l’Empereur. Le docteur Burton a répondu qu’il y avait dans l’île du gypse propre à en faire, qu’il allait en ville et s’occuperait d’en procurer.

Antommarchi cependant a recousu les ouvertures faites pour l’autopsie, et, aidé par Marchand, il a pris, sur le cadavre, les mensurations les plus précises, les seules que l’on ait du corps de l’Empereur. Ensuite, Marchand et Saint-Denis ont procédé à l’habillement; ils ont revêtu Napoléon de l’uniforme des Chasseurs de sa garde: bas de soie blancs, bottes à l’écuyère, culotte et veste de Casimir blanc, chapeau à cocarde tricolore, habit vert à parements rouges avec insignes de la Légion, de la Couronne de fer et de la Réunion, la plaque et le grand cordon de la Légion.
Ainsi vêtu, le corps de l’Empereur est, à quatre heures du soir, porté dans son ancienne chambre à coucher, transformée en chapelle ardente. On l’a tendue de drap noir, acheté soit dans les magasins de la Compagnie, soit chez les marchands de la ville, et c’est même l’achat de cette quantité de drap qui a appris aux habitants la mort de l’Empereur.

On y a réuni tout le luminaire de la maison. Un autel a été dressé à la tête du lit. Sur un des lits de camp, on a déployé le manteau bleu que l’Empereur portait à Marengo, et, sur ce manteau, on a déposé le corps, chapeau en tête. Un crucifix est placé sur sa poitrine. Un aigle d’argent soutient les rideaux blancs, relevés aux coins par quatre aigles.

Sur une petite table, près du lit, on a placé les vases d’argent renfermant le coeur et l’estomac; à la tête du lit, se tient le prêtre en surplis; aux quatre coins, les serviteurs de l’Empereur; entre l’autel et le lit, Bertrand et Montholon. Les domestiques forment la haie, entre la porte et la croisée, pour laisser le passage libre.

On ouvre les portes: le capitaine Crokett, officier d’ordonnance à Longwood, règle la marche; les officiers supérieurs, les officiers, les sous-officiers, puis les soldats et les marins; plusieurs sous-officiers ont amené leurs enfants. « Regarde bien Napoléon, dit un de ces soldats à son petit garçon, c’est le plus grand homme du monde. » Telle est la voix du peuple. »

A cinq heures du soir, le gouverneur, répondant à la lettre que Monlholon lui a écrite la veille, fait connaître que, « depuis 1820, il a l’ordre de ne point laisser sortir de l’île la dépouille mortelle du général Buonaparte, mais qu’il lui est indifférent qu’elle soit dans tel ou tel lieu ». L’Empereur a prévu le cas: cette suprême persécution des Anglais, la captivité infligée à son cadavre; à défaut des « Rives de la Seine », de l’Ile près de Lyon, de la cathédrale d’Ajaccio, il a désigné la Vallée du Géranium, la Fontaine Torbet…

Il n’y est pourtant venu qu’une seule fois, dans les premiers temps de son séjour à Longwood. Un soir qu’il avait été à Hut’s Gâte, il descendit assez difficilement dans la vallée qui se creusait au-devant, il parvint à un petit plateau d’où l’on apercevait la mer. Trois saules, au pied desquels coulait une source fraîche, donnaient à ce coin de l’Ile un air de mélancolie française. Il goûta l’eau de la source et la trouva excellente; mais il se faisait tard, et il craignait de n’avoir plus assez de jour pour remonter; il dit à Las Cases d’entrer chez le docteur Kay, qui avait sa maison à côté, et de faire connaissance avec lui.

Désormais, tous les jours, un Chinois vint prendre à la source l’eau que buvait l’Empereur. Plus tard, comme il craignait qu’on ne lui changeât son eau, il envoya Archambault la chercher dans ses flacons de campagne. En remontant, il avait dit à Bertrand: « Bertrand, si, après ma mort, mon corps reste entre les mains de mes ennemis, vous le déposeroz ici. »

Il l’avait répété durant sa maladie; le gouverneur s’inclina devant celte volonté; mais, de même qu’il s’était opposé à l’embaumement, il exigea que le coeur fut placé avec le corps dans le cercueil; il voulut imposer l’inscription qu’on graverait sur la dalle funéraire. Les compagnons de l’Empereur voulaient son nom: NAPOLÉON et deux dates; Lowe voulut BUONAPARTE. A défaut d’un accord, la dalle resta fruste.

Le soir, le capitaine Crokett fut expédié à bord de l’Acherôn pour porter au roi d’Angleterre la nouvelle de la mort de Napoléon et le procès-verbal d’autopsie.