Au printemps 1797, après des combats victorieux, l’armée française, poursuivant les troupes autrichiennes qui se retirent de la Haute-Italie, se rend en Styrie par Neumarkt. Le commandant en chef de l’armée impériale est alors l’archiduc Charles d’Autriche, fils de l’empereur Léopold II et frère de l’archiduc Jean. Il livre aux Français de petits combats de repli à Wildbad, Einöd et Neumarkt.
Bonaparte a 28 ans. Bien que général en chef de l’armée d’Italie, il est censé se soumettre au Directoire, à Paris. Mais le ravitaillement manque, et Paris est bien loin. Il décide de sa propre autorité, sans attendre l’arrivée de Clarke, dépêché avec les pouvoirs pour négocier un traité, de rechercher un cessez-le-feu, voire une conclusion de paix, pour laquelle les conditions politiques lui semblent alors favorables. Ainsi, à Klagenfurt, le 31 mars 1797, il propose, dans une lettre à l’archiduc Charles, une cessation des hostilités, et offre la paix.
Dès le 6 avril à Judenburg, un cessez-le-feu temporaire est conclu. L’archiduc Charles répond à la lettre de Bonaparte et fait immédiatement envoyer des diplomates à Leoben. En peu de jours les négociateurs sont d’accord sur les bases suivantes, celles du traité définitif: les limites du Rhin pour la France, Venise et les limites de l’Adige pour le Saint-Empire, Mantoue et les limites de l’Adige pour la République cisalpine (créée le 27 juin 1797). L’Autriche perd le contrôle des Pays-Bas autrichiens et de la Lombardie, cédés à la France, en échange des possessions vénitiennes d’Istrie et de Dalmatie. La république de Venise ainsi démembrée se voit ainsi réduite au Dogado.
On raconte qu’au moment de la signature de ce traité, l’empereur d’Autriche avait envoyé trois des principaux seigneurs de sa cour pour servir d’otages à Bonaparte. Celui-ci les reçut avec distinction, les invita à dîner et, au dessert, il leur dit : “Messieurs, vous êtes libres. Allez dire à votre maître que si sa parole impériale a besoin de gages, vous ne pouvez pas m’en servir; que vous ne devez pas m’en servir, si elle n’en a pas besoin.”
Alors Napoléon fit une halte; des parlementaires autrichiens arrivèrent, et Léoben fut fixé pour le siège des négociations qui allaient s’entamer. Napoléon sait se passer des pleins pouvoirs du Directoire: c’est lui qui a fait la guerre, c’est lui qui fera la paix.
Cependant les négociations traînent en longueur; ces pourparlers le fatiguent, et un jour, au milieu d’une discussion, il se lève, saisit un magnifique cabaret de porcelaine qu’il brise et qu’il foule à ses pieds, en disant aux plénipotentiaires:
“Eh bien! c’est ainsi que je vous pulvériserai tous !”
Les diplomates, effrayés, accordent les concessions qu’il demande. On lit le traité. Dans le premier article, l’empereur d’Autriche déclare qu’il reconnaît la République française. A ces mots, Napoléon s’écrie: “Rayez ce paragraphe, qui est inutile. La République française est comme le soleil: aveugles sont ceux que son éclat n’a point frappés”.
le lundi de Pâques, 17 avril 1797, après les vêpres, le tocsin sonna en même temps à Vérone, à Vicence et à Padoue. Si dans ces deux dernières villes, les Français échappèrent au massacre, à Vérone, tous les Français isolés, qui vivent dans les maisons particulières sont assassinés, sans distinction d’âge, d’état, ni de sexe, dont notamment des malades, des blessés et des femmes enceintes. Plusieurs Véronais soupçonnés d’être partisans des Français sont également tués.
En représailles, Bonaparte fait envahir les États de Venise, exige et obtient l’abandon du pouvoir par l’aristocratie vénitienne. La république de Venise sera cédée ensuite à l’Autriche par le traité de Campo Formio.