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15 OCTOBRE 1840 : EXHUMATION DE L’EMPEREUR

15 OCTOBRE 1840 : EXHUMATION DE L’EMPEREUR

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Ottobre 15, 2022    
12:00 am

Tipologia evento

Lisons les témoins, venus sur la Belle Poule ramener les Cendres de Napoléon en France. 

 

  • Général Gaspard Gourgaud :

Les ouvriers anglais enlevèrent successivement, en commençant par celle des pieds, les trois larges pierres qui couvraient la fosse. On remarqua alors que les terres s’étaient affaissées d’environ un pied; on travailla avec ardeur à les enlever. Au bout de quelques heures, on trouva un lit de ciment romain et des pierres dures, liées entre elles par des barres de fer scellées avec du plomb. 

Enfin, on atteignit la large pierre anglaise qui fermait à elle seule le petit caveau où était déposé le cercueil. On fit alors deux trous au bout de cette pierre au moyen de ciseaux, et on y plaça ensuite, au-dessus de la fosse, deux sortes de chèvres à haubans, l’une destinée à soulever la pierre d’un côté, et l’autre de l’autre. Cette opération réussit parfaitement et nous vîmes le cercueil reposant en parfait état sur le fond du caveau.

On remarqua le brillant éclat des têtes de vis qui le fermaient; elles avaient été couvertes en argent. On voyait aussi, restés sous le cercueil, les bandes et cordages qui avaient servi à le descendre. Le docteur fit faire un trou vers les pieds, avec un vilebrequin, et un vers la tête. Ensuite, des ouvriers, au moyen de mains de fer, soulevèrent le cercueil afin de passer en dessous des cordages. Avec les chèvres, on éleva le cercueil jusqu’à la hauteur du mur ouest, et on le déposa à terre. Le docteur, à l’aide d’un énorme soufflet, souffla de l’air par les deux trous qui avaient été faits aux deux extrémités de la partie supérieure. 

On décida qu’on allait ouvrir le cercueil d’acajou. On chercha à tourner les vis avec des tournevis, mais elles étaient trop parfaitement oxydées et ce ne fut qu’au moyen de ciseaux qu’on leva la planche supérieure. On vit alors le cercueil en plomb: il paraissait intact. On le sortit de son enveloppe d’acajou et il fut ordonné de préparer le cercueil d’ébène pour recevoir le cercueil de plomb. 

Après beaucoup de temps et d’efforts, le couvercle d’ébène s’ouvrit et l’on plaça le cercueil de plomb dans celui, également en plomb, du cercueil d’ébène. On commença à couper le plomb sur toute la surface supérieure. Ce plomb enlevé, on trouva un nouveau cercueil en acajou, comme le premier, très bien conservé. Les vis qui retenaient la partie supérieure étaient oxydées, on fut obligé d’enlever avec un ciseau emporte-pièce tout le bois qui y adhérait. J’eus le bonheur d’en obtenir deux. Le couvercle enlevé, on découvrit enfin le dernier cercueil en fer blanc. On vit quelques taches de rouilles en surface, mais il paraissait cependant en très bon état.

Tout parut parfaitement conservé: on distingua très bien l’Empereur, vêtu en habit des chasseurs de la Garde, avec sa plaque de la Légion d’honneur, son chapeau en travers sur la partie supérieure des cuisses. Le bout des pieds était blanc, et il paraît qu’ils étaient sortis du bout des bottes à l’écuyère, les coutures de la tige de celles-ci ayant été probablement pourries. La cocarde en soie du chapeau était détruite. Le docteur reconnut, entre les pieds, les vases d’argent qui y avaient été déposés. Le docteur toucha les mains qui paraissaient fort bien, quoique un peu gonflées.

Il dit que le corps était passé à l’état stéarique; la main gauche était un peu plus haute que l’autre parce que le général Bertrand, lorsqu’on avait fermé le cercueil en 1821, l’en avait tirée un moment pour la baiser. La tête, à l’exception du nez qui paraissait avoir été comprimé par le dessus du cercueil, était en parfait état, seulement un peu gonflée. Mais cela n’altérait que très peu les traits, et il aurait suffi d’avoir vu une seule fois l’Empereur pour le reconnaître en ce moment.

Le docteur toucha légèrement les chairs de la tête et déclara qu’elles étaient momifiées. Les coussins en soie et garnis de coton, dont on avait revêtu les parois intérieures du cercueil, avaient produit un singulier effet: il s’était formé, dans tous les vides, une mousse blanche qui laissait voir tout le corps comme à travers une mousseline légère.

 

  • Docteur Rémy Guillard, chirurgien-major, à bord de la Belle-Poule :

Le caveau ayant été ouvert, j’y suis descendu: au fond était le cercueil de l’Empereur; il reposait sur une large dalle, assise elle-même sur des montants en pierre. Les parois du caveau n’offraient pas la plus légère trace de dégradation, çà et là quelques traces d’humidité. Les planches en acajou avaient encore leur couleur et leur dureté, excepté celles du fond, qui, garnies de velours, présentaient un peu d’altération dans les couches les plus superficielles.

La caisse extérieure était fermée par de longues vis; il a fallu les couper pour enlever le couvercle, dessous était une autre caisse en plomb, close de toutes parts, elle enveloppait une autre caisse en acajou parfaitement intact; venait enfin une quatrième caisse en fer-blanc dont le couvercle était soudé sur les parois et les repliait en-dedans, la soudure a été coupée lentement et le couvercle enlevé avec précaution.

Quant aux vêtements, ils se présentaient avec leurs couleurs, ainsi on reconnaissait parfaitement l’uniforme des chasseurs à cheval de la vieille garde, au vert foncé de l’habit, au rouge vif des parements; le grand cordon de la légion d’honneur se dessinait sous le gilet; et la culotte blanche cachée en partie par le petit chapeau qui reposait sur les cuisses. Les épaulettes, la plaque et les deux décorations attachées sur la poitrine n’avaient plus leur brillant, elles étaient noircies; la couronne d’or de la croix d’officier de la légion d’honneur seule avait conservé son éclat.

Des vases d’argent apparaissaient entre les jambes, un d’eux surmonté d’un aigle, s’élevait entre les genoux, je le trouvai intact et fermé; comme il existait des adhérences assez fortes entre ces vases et les parties voisines qui les couvraient un peu, Monsieur le Commissaire du Roi n’a pas cru devoir les déplacer pour les examiner de plus près.

J’ai découvert le corps de Napoléon que j’ai reconnu aussitôt tant le corps était bien conservé, tant la tête avait la vérité dans son expression. Quelque chose de blanc qui semblait s’être détaché de la garniture couvrait, comme une gaze légère, tout ce que renfermait le cercueil; le crâne et le front qui adhéraient fortement au satin en étaient surtout enduits, on en voyait peu sur le bas de la figure, sur les mains, sur les orteils.

Les membres supérieurs étaient allongés, l’avant-bras et la main gauche appuyant sur la cuisse correspondante, les membres inférieurs légèrement fléchis; la tête un peu élevée, reposant sur un coussin, le crâne volumineux, le front haut et large se présentaient couverts de téguments jaunâtres, durs et très adhérents; tel paraissait aussi le contour des orbites dont le bord supérieur était garni de sourcils. 

Sous les paupières se dessinaient les globes oculaires, qui avaient perdu peu de chose de leur volume et de leurs formes; ces paupières, complètement fermées, adhéraient aux parties sous-jacentes et se présentaient dures sous la pression des doigts, quelques cils se voyaient encore à leur bord libre; les os du nez et les téguments les qui couvrent étaient bien conservés, le lobes et les ailes seuls avaient souffert.

Les joues étaient bouffies; les téguments de cette partie de la face se faisaient remarquer par leur toucher doux, souple et de couleur blanche; ceux du menton étaient légèrement bleuâtres; cette teinte-là s’empruntait à la barbe qui semblait avoir poussé après la mort; quant au menton lui-même, il n’offrait point d’altération et conservait encore ce type propre à la figure de Napoléon; les lèvres amincies étaient écartées, trois dents incisives, extrêmement blanches, se voyaient sous la lèvre supérieure qui était un peu relevée à gauche.

Les mains ne laissaient rien à désirer; nulle part la plus légère altération. Si les articulations avaient perdu leurs mouvements, la peau semblait avoir conservé cette couleur primitive qui n’appartient qu’à la vie. Les doigts portaient des ongles longs, adhérents et très blancs. Les jambes étaient renfermées dans des bottes, mais, par suite de la rupture des fils, les quatre derniers orteils dépassaient de chaque côté. La peau de ces orteils était d’un blanc mat et garnie d’ongles. La région antérieure du thorax était fortement déprimée dans la partie moyenne; les parois du ventre dures affaissées. Les membres paraissaient avoir conservé leurs formes sous les vêtements qui les couvraient; j’ai pressé le bras gauche, il était dur et avait diminué de volume.

 

  • L’Abbé Félix Coquereau

Pendant vingt années, la mort avait respecté Napoléon ! Le satin était enlevé, et Napoléon reposait doucement, habillé de son uniforme de chasseur de la garde, avec son ruban, sa grande plaque de la légion d’honneur, sa culotte de casimir blanc, ses bottes éperonnées et comme il dormait, sur ses genoux il avait posé son chapeau.

Je l’avoue, qui aurait pu oublier ce qui s’était passé, ce que nous faisions; qui n’aurait vu ni bière, ni sépulcre, et eût aperçu dans un certain jour à travers une gaze, et sur un lit, le corps de Napoléon, aurait certes pu croire qu’il reposait paisiblement. Telle fut notre première impression qui se traduisit par un mouvement indéfinissable. Nos regards interrogeaient tour à tour les nobles témoins de sa mort, et leurs yeux noyés de larmes nous disaient assez qu’ils avaient retrouvé leur maître. Nous imposâmes silence à nos émotions pour voir et bien voir.

Tout le corps paraissait couvert comme d’une mousse légère; on eût dit que nous l’apercevions à travers un nuage diaphane. C’était bien sa tête: un oreiller l’exhaussait un peu; son large front, ses yeux dont les orbites se dessinaient sous les paupières, garnies encore de quelques cils; ses joues étaient bouffies, son nez seul avait souffert uniquement dans la partie inférieure, sa bouche entr’ouverte laissait apercevoir trois dents d’une grande blancheur; sur son menton se distinguait parfaitement l’empreinte de la barbe; ses deux mains surtout paraissaient appartenir à quelqu’un de respirant encore, tant elles étaient vives de ton et de coloris; l’une d’elles, la main gauche, était un peu plus élevée que la droite. J’en sus depuis la raison; le grand maréchal, au moment où le cercueil se fermait, l’avait baisée et n’avait pu la replacer dans sa position première. 

Ses ongles avaient poussé après la mort; ils étaient longs et blancs. Une de ses bottes était décousue, et laissait passer quatre doigts de ses pieds d’un blanc mat; son habit, nous l’avons dit, était celui des chasseurs de la garde, avec sa forme échancrée sur le devant, ses parements rouges, car les couleurs se reconnaissaient. Ses grosses épaulettes d’or étaient noircies, ainsi que la grande plaque et quelques autres décorations qu’on distinguait sur sa poitrine. Le grand cordon de la Légion d’Honneur tranchait de sa couleur rouge son gilet blanc; sur sa culotte de Casimir se trouvait son petit chapeau, entre ses jambes, les deux vases contenant son coeur et ses entrailles: un aigle en argent les surmontait…